mardi 19 avril 2005
Anti-lecture
Par Dimitri Robert, mardi 19 avril 2005 à 10:53 :: Juridique
« La justice confirme la légalité des systèmes anticopie sur les CD audio - Actualités - ZDNet.fr » apprend-on ce matin sur ZDNet. « L’association UFC-Que Choisir a été déboutée par la cour d’appel de Versailles. Sa demande d’interdire l’intégration des systèmes anticopie sur les CD audio a été jugée irrecevable, dans une affaire l’opposant à la maison de disques EMI. »
Souvenez-vous, en mai 2003, une honnête consommatrice achetait le CD audio d'Alain Souchon (je ne me souviens plus du titre) et s'est trouvée confrontée au problème de ne pouvoir le lire. Pourquoi ? Le CD en question est équipé d'un système dit « anti-copie », destiné à en empêcher le « piratage » et que les chansons ne se retrouvent sur Internet.
Pourquoi un tel système est-il inadapté, inutile, voire même préjudiciable ?
En réfléchissant deux secondes l'on se rend vite compte que pour empêcher la copie, il faut d'abord empêcher la lecture ! En effet, distinguons bien la copie d'une part, et la compréhension d'autre part. Lorsque vous écoutez un CD audio, que ce soit dans une chaîne hifi de salon ou sur votre ordinateur, le matériel doit d'abord lire, puis comprendre le contenu du support afin de produire le son souhaité. Physiquement, le CD audio contient un « sillon » constitué d'informations binaires (concrètement des 0 et des 1). Ces informations ont un sens car elles suivent un format. Le matériel doit donc connaître ce format pour comprendre le contenu et le retranscrire (ici, jouer la musique au travers de ses enceintes). Imaginons un matériel qui ne soit pas capable de comprendre le format d'un CD audio, il ne pourrait alors être capable de jouer la musique contenue.
En revanche, la copie d'un support ne nécessitent nullement de connaître le format des données. L'action de copie consiste en une simple lecture des données de manière brute (sans les comprendre) et d'un transfert vers un autre support (cette étape ne dépend plus du support original). Donc, lorsque les maisons de disques appliquent des procédés « anti-copie » elle agissent sur la seule étape de la copie qu'elles peuvent maîtriser, c'est-à-dire la lecture !
Note : on peut faire une analogie avec un texte écrit dans une langue étrangère. Je ne parle ni ne lit le polonais. Si l'on me donne un texte écrit en polonais, rien ne m'empêche de le recopier (que ce soit à la main ou en le photocopiant). En revanche, je ne pourrais le comprendre sauf si j'apprends le polonais (le format).
Oui, mais comment empêcher la lecture sur certains matériels (ceux permettant la copie comme les lecteurs de CDROM) tout en la rendant possible sur les platines de salon ? Là réside le problème. Les lecteurs de CDROM n'ont généralement pas la même sensibilité que des lecteurs de CD audio. Les lecteurs de salon sont généralement plus tolérants que ceux équipant votre ordinateur et peuvent passer outre les embûches des CD « copy controlled » telle qu'une interruption de sillon.
Cependant, cette tendance générale n'est pas absolue : il existe des platines de salon trop sensibles incapables de lire des CD protégés. De même, il existe des lecteurs CDROM (généralement les plus anciens) tout à fait capables de lire des CD audio défectueux (terme subjectif que j'assume juste après). Or, il suffit d'une seule personne pouvant réaliser une copie pour que celle-ci soit diffusée sur Internet. De ce fait, il n'y a rien d'étonnant de trouver sur les réseaux P2P des albums pourtant protégés contre la copie. À l'inverse, le consommateur honnête qui a acheté son CD peut très bien se trouvé confronté au problème de ne pouvoir le lire, même sur une platine de salon. Et je ne parle même pas de l'impossibilité proprement scandaleuse de ne pouvoir lire un CD audio, que l'on a acheté, sur son ordinateur !
Tout ceci pour démontrer que les CD audio, estampillés « copy controlled » (préférez-lui le logo « Copie libre » de nos amis Godon), sont vendus dans un état défectueux, au mépris total de l'acheteur, ainsi que de l'artiste qui n'est généralement pas au fait de ce genre de problème ou alors défavorable. De plus, lorsqu'un acheteur rencontre des problèmes avec un CD audio, c'est l'image de l'artiste qui en pâtit et non celle de la maison de disque.
Notez que depuis décembre 2002, une directive européenne attend toujours d'être transposée en droit de chacun des états membres, en vue d'interdire officiellement le contournement des mesures techniques de protection (MTP). C'est notre usage privé des œuvres légalement acquises qui est mis en péril par ce texte. Pour plus de renseignements, consultez le site d'EUCD.info, un collectif qui s'est mis en place pour lutter contre la directive EUCD.
Revenons à l'article de ZDNet. EMI (la maison de disque éditant le disque d'Alain Souchon) « assure aujourd'hui utiliser une nouvelle génération de système anticopie qui ne pose plus problème. Un argument auquel la cour d'appel aura été manifestement sensible. » Dans le genre on a aussi : « ma lessive lave plus blanc que la précédente, croyez-moi sur parole ». je ne vais pas incriminer le tribunal qui n'a probablement pas les compétences pour comprendre que ces MTP sont ce que je vous décrit précédemment. Mais il serait que les artistes et leur public prennent conscience de ce problème et ne se laissent plus berner par des discours purement intéressés des maisons de disques.
Allez, je vous ai gardé le meilleur pour la fin : « Le système anticopie occupe en effet une partie non négligeable de l'espace disque. » Les CD audio ont aujourd'hui une capacité très limitée (comparé aux DVD ou à ce que l'on pourrait faire avec des CDROM et de la musique enregistrée dans un format compressé comme Ogg Vorbis) et celle-ci doit encore être réduite par un truc inutile et préjudiciable !!
Mise à jour : Ratiatum en parle aussi.
N'oubliez pas qu'il existe de la musique réellement libre, que vous pouvez télécharger légalement et copier à l'envie. Vous pouvez même acheter les CD des artistes pour les soutenir. Ces CD ne sont pas dégradés par une quelconque chimère et le prix que vous payez revient entièrement à l'artiste ! Plus d'informations, ainsi qu'un catalogue sur Musique-libre.org.

