Comment rendre les DRM efficaces
Par Dimitri Robert, vendredi 24 février 2006 à 23:23 :: D'hiver :: #100 :: rss
Un peu d'aguichage...
Jeudi 23 février dans l'émission Divergence Numérique sur la radio associative Divergence-FM (19h-20h20, 93.9 en hertzien sur Montpellier et alentours, et sur Internet partout dans le monde) je tenterai d'imaginer un monde où les DRM seraient efficaces...
En effet, j'avais lu dans le projet de loi Dadvsi première mouture qu'il concernait les DRM efficaces. Voici donc quelques éléments qui pourraient être rajoutés au projet de loi pour atteindre cet objectif et ainsi, peut-être, lui donner tout son sens...
À suivre ici pour ceux qui n'auront pu écouter.
Note : je n'ai pas eu le temps de raconter tout cela à la radio, surtout que des idées me sont venues au fur et à mesure de la rédaction de ce billet.
On va distinguer deux cas de figures : d'une part le format CD audio (et par extension, du DVD qui n'est finalement qu'un CD pouvant contenir plus de données), d'autre part le format fichier numérique, celui que l'on achète sur les plateformes dites légales et que l'on ne peut transférer que sur tel ou tel type de baladeur numérique, ou lire avec un logiciel particulier.
Support physique
Pour lire votre CD audio, vous pouvez utiliser une chaîne hi-fi, un poste radio (si équipé) ou tout appareil ménager de ce type. Vous pouvez aussi utiliser le lecteur de CDRom de votre ordinateur. Ah non, en fait, si le CD est estampillé copy controlled (ou verrouillé contre la copie), vous ne pouvez le lire sur un lecteur de CDRom. Il reste également les autoradios CD, qui sont parfois de vrais lecteurs CD, parfois des lecteurs de CDRom.
Voilà la théorie. Dans la pratique, certains CD protégés sont parfaitement lus sur certains lecteur CDRom (plus il est ancien plus vous aurez de chance que cela fonctionne, les nouveaux matériels étant plus sensibles). Dans la pratique, il arrive aussi qu'un CD protégé ne fonctionne pas sur une chaîne hi-fi car trop sensible.
Dans tous les cas je considère personnellement que vendre, intentionnellement, des CD qui peuvent ne pas fonctionner sur votre équipement (donc, on peut considérer que ledit CD est deffectueux) relève de l'arnaque.
Votre équipement audio est généralement équipé d'une prise jack sur laquelle vous pouvez brancher des enceintes (sortie son). Si vous possédez une carte son sur votre ordinateur, elle dispose probablement d'une prise micro (entrée son). Il suffit donc de relier ces deux prises par un câble adapté, de jouer le CD sur la chaîne hi-fi et d'enregistrer en même temps sur l'ordinateur comme si vous enregistriez au micro. Vous obtenez ainsi une copie parfaite de qualité sonore identique (donc meilleure que le MP3) et sans aucun verrou numérique (donc, mieux que l'original).
La solution : retirer du marché tous les appareils hi-fi équipés de prises jack, imposer un nouveau format pour le CD audio qui ne fonctionnerait pas du tout sur le matériel existant et commercialiser un nouveau type de matériel pour lire ce nouveau support. Évidemment ce serait l'occasion pour faire en sorte que le matériel interagisse avec le support. Quelques idées :
- Limitation du nombre d'auditions, de copies, avec éventuellement destruction du support à une échéance donnée.
- Possibilité, voire obligation d'être connecté à Internet pour informer de vos goûts à des gens qui ne vous voulent que du bien.
- Un bouton pour commander en ligne le nouveau titre de l'artiste que vous écouter, ou simplement pour renouveler votre abonnement d'écoute.
Fichier numérique
Pour lire un fichier numérique il vous faut un logiciel capable d'en décoder le format. Il faut aussi un ordinateur avec son système d'exploitation. Cet ordinateur doit être équipé d'une carte son et d'enceintes. Pour empêcher la copie d'un fichier numérique et une utilisation hors des conditions prévues par l'éditeur, il faut donc un contrôle sur toute la chaîne d'écoute.
Le format du fichier doit être fermé afin que seuls les logiciels autorisés soient capables de le décoder. Ainsi, personne ne pourra écrire un logiciel non autorisé qui échapperait au contrôle des majors. De plus ce logiciel pourrait être libre. À l'inverse, les formats manipulés par un logiciel libre ne peuvent être fermés : en effet, le code source étant accessible, un développeur peut facilement comprendre la structure des formats manipulés. D'où l'idée, selon moi, que le DRM libre n'a aucun sens.
L'expérience montre que même lorsque les formats sont fermés, les développeurs arrivent à en comprendre suffisamment sur leur structure pour pouvoir les manipuler dans un logiciel libre. C'est le cas des formats utilisés dans la suite bureautique Microsoft Office et qui sont accessibles dans OpenOffice.org. Cela ne tient ni du miracle, ni du vol industriel, mais simplement du fait que l'on peut encore, dans certains pays, décompiler, c'est-à-dire désosser, ouvrir à partir du seul binaire, un logiciel à des fins d'interopérabilité.
Le logiciel autorisé est bien sûr prévu pour un système d'exploitation capable de contrôler l'usage qui est fait du contenu numérique. Ce logiciel ne devra pas pouvoir être émulé sur un autre système comme peuvent le faire des logiciels tels que Wine, Cedaga, VmWare ou encore Xen. Notons que ces logiciels peuvent être encapsulés dans un autre logiciel tel que Vsound qui se définit comme un câble virtuel.
Enfin, si l'on dispose du logiciel, du système et de l'ordinateur capable de faire fonctionner tout cela, il reste encore la possibilité de brancher un câble entre la sortie son de l'ordinateur autorisé vers l'entrée son d'un ordinateur enregistreur.
La solution
- Interdire la décompilation quelle qu'en soit la raison.
- Imposer un système d'exploitation, un type de matériel unique, ainsi disparaîtra naturellement le besoin d'interopérabilité.
- Interdire l'usage de systèmes d'exploitation permettant d'utiliser des logiciels d'émulation (donc, imposer l'informatique de confiance, les puces qui interdisent toute installation et fonctionnement de logiciels non autorisés).
- Supprimer les prises jack sur les cartes sons (ou les remplacer par un autre format qui ne serait pas compatible avec celui des chaînes hi-fi).
Le futur rêvé des majors est-il déjà là ?
On se rend compte au final que pour que les DRM fonctionnent, ils faut qu'ils soient gérés et protégés (un comble, protéger une protection) de bout en bout de la chaîne reliant l'émetteur (le producteur de contenu) au récepteur (l'œil et l'oreille de l'individu). C'est déjà le cas de l'émission Ushuaïa Nature dont la diffusion en haute définition nécessite un équipement adapté.


Commentaires
1. Le mercredi 1 mars 2006 à 22:05, par Yannig :: site
2. Le jeudi 2 mars 2006 à 00:30, par Olivier :: site
3. Le jeudi 2 mars 2006 à 00:48, par christian
4. Le jeudi 2 mars 2006 à 11:24, par Sylvain
5. Le vendredi 21 avril 2006 à 18:09, par MisterBark Compositeur de Musique de Films :: site
6. Le samedi 12 août 2006 à 15:05, par Daritony
7. Le jeudi 14 septembre 2006 à 13:35, par 3Zen
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